L’art du dessin a l’air bien

Ils sont de plus en plus présents dans les galeries et les musées. Non, pas de NFT ou même d’œuvres d’art numériques. Mais beaucoup de dessins. Oui, des dessins, crayon sur papier, où naissent presque toutes les vocations d’artistes, et qui sont aujourd’hui plus que jamais en vogue. On les retrouve à la Drawing Now Art Fair, qui se déroule du 10 au 13 juin à Paris, dans la Résidence Temporaire Drawing Factory, lancée par la même équipe près des Champs-Elysées. Mais aussi en galeries, avec Massinissa Selmani chez Anne-Sarah Bénichou ou Kiki Smith chez Lelong & Co.

D’où vient cette soudaine attirance pour la lignée ? De la crise. Car, à moins de 1 000 euros, le billet d’entrée est aussi accessible que rassurant, surtout pour les primo-collectionneurs. « C’est le contrepoint d’un marché spéculatif », résume Joana Neves, directrice artistique de Drawing Now Art Fair, une foire qui a grandement contribué à la populariser. Sa fondatrice, Christine Phal, l’admet : « Dans les grandes foires, les stands coûtent 100 000 euros, ce qui n’incite pas les galeries à présenter des dessins à 1 000 euros. “

Travaillez partout avec peu d’argent

Quelques passionnés s’étaient déjà entichés de cette pratique il y a une bonne dizaine d’années, notamment Florence et Daniel Guerlain, qui ont créé le Prix de dessin contemporain, décerné cette année à l’artiste Françoise Pétrovitch. Pour renforcer le Cabinet d’Art Graphique du Centre Pompidou, le couple lui a également fait don de 1200 dessins en 2013. “Drawing is intimate, a tête-à-tête with the artist”, insiste Florence Guerlain. Mieux vaut « Être dans la tête des artistes et suivre le chemin de leur pensée », ajoute le franco-marocain Chourouk Hriech, qui expose à Drawing Now.

« A force d’être petit, le dessin n’a pas attiré l’attention d’auteurs comme Théodore Adorno ou Roland Barthes, il est resté dépourvu de toute conceptualisation. »João Vilhena, dessinateur

C’est en dépassant le cadre que les dessins ont également attiré l’attention des amateurs. A la galerie Anne-Sarah Bénichou, les dessins gracieux de Massinissa Selmani, qui recomposent un monde en perpétuel déséquilibre, se prolongent ainsi en sculptures recouvertes de traits de crayon. Jonas Storsve, conservateur à Beaubourg, voit dans l’avidité des collectionneurs un besoin de « Fait main après la vague de la photo et de la vidéo ».

Au-delà d’une vague ou d’une vogue, le dessin permet aux artistes de travailler partout avec peu de moyens. Et reflète leur manière d’être au monde. « C’est une forme de légèreté face aux choses, comme si rien n’était définitif ou absolu, a analysé le designer portugais João Vilhena. Je n’ai jamais eu à réfléchir à deux fois avant de prendre un crayon, car cela reste une récréation, un jeu. “ Et rarement un problème. La discrétion même de ce médium lui permet d’échapper au rôle édifiant parfois assigné à la peinture ou à la sculpture.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi En France, la difficile tâche des traqueurs d’œuvres pillées

« A force de se faire petit, le dessin n’a pas attiré l’attention d’auteurs comme Théodore Adorno ou Roland Barthes, il est resté dépourvu de toute conceptualisation, poursuivre João Vilhena. C’est comme un gisement qui a toujours été là, mais que nous n’avions pas décidé d’exploiter. ”

« Prélude de l'élan visible #2 », 2020, de Massinissa Selmani, écriture et crayons de couleurs sur papier, exposé à la galerie Anne-Sarah Bénichou.

Enfin, Chourouk Hriech donne à cette résurgence une portée plus philosophique, une volonté de « Conserver les dernières traces écrites du monde, celle des enfants comme celle des premiers hommes, de nos ancêtres et de notre avenir, à l’heure où le numérique continue de tout couvrir à une vitesse fulgurante. ”

« Illusion of you #4 », 2020, de Chourouk Hriech, encre de Chine sur papier Arches, exposé à la galerie Anne-Sarah Bénichou.

Drawing Now Art Fair, 10-13 juin.
Site de Drawing Lab Paris.

lire cet article