“Le danger, c’est de trop vouloir étoffer ses collections pour plaire à tout le monde”

Plus d’un an après le début de la pandémie, et malgré la réouverture des magasins, les choses ne sont pas encore rentrées dans l’ordre pour Sister. Même si l’effet « revenge shopping » se fait sentir. « Le virus est comme un jeu de dominos, il se déplace d’un pays à l’autre par vagues successives. Quand la situation s’améliore en Europe, elle se dégrade en Asie… Depuis mars 2020, nos ateliers de fabrication ferment par intermittence les uns après les autres. Impossible, alors, de fabriquer nos prototypes et de produire nos pièces à temps », dit Domitille Brion, qui a fondé la marque en 2007 avec sa sœur Angélique.

En Inde, où la marque fait réaliser nombre de ses broderies et imprimés, la situation est chaotique. « Il y a un mois et demi, au plus fort de la crise, nous recevions des messages poignants de nos industriels indiens. L’un d’eux nous a lancé un appel à l’aide : « Si vous voulez avoir votre production, envoyez-nous de l’oxygène ! Nous ne les abandonnerons pas. Nous travaillons avec eux depuis longtemps, nous avons tissé des relations de confiance. Cette fidélité nous est précieuse », poursuit le concepteur.

« Ils ont besoin de nous et inversement, c’est une chaîne humaine, ajoute Angélique Brion qui supervise la gestion du label. Certains s’en sortent parce qu’ils vivent en autarcie, comme dans des bulles, pour éviter d’être en contact avec le virus. Ils se sont regroupés pour survivre : ils hébergent et nourrissent leurs artisans sur place. ”

Le choc de mars 2020

En studio, encore aujourd’hui, l’impression de montagnes russes prévaut. « Hier encore, un fabricant en Europe, contraint de fermer à cause du Covid, nous a dit qu’il ne pouvait pas assurer notre production », explique Domitille Brion, la directrice artistique. Face à l’incertitude, le duo s’adapte, trouve des solutions et réajuste sans cesse ses horaires.

La campagne automne-hiver 2021 de Sœur, au musée Bourdelle, à Paris.

Avant la pandémie, les deux entrepreneurs se rendaient jusqu’à six fois par an dans leurs ateliers de fabrication, situés en Asie et en Europe de l’Est, soucieux de vérifier les moindres détails de leur production. Comme tout le monde, ils planifient des sessions Zoom avec leurs fournisseurs, montrant par écran interposé les volumes à modifier, les longueurs à réduire, les plis à ajuster. Les séances d’essayage et de validation des prototypes ont ainsi été numérisées. « On a continué à avancer coûte que coûte, on n’avait pas le choix. On a passé les niveaux comme dans un jeu vidéo, sans dévier de notre chemin », précise Domitille.

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