Choquée par une attaque meurtrière, l’Allemagne enquête sur les motivations de l’agresseur

La police allemande a tenté samedi 26 juin d’en savoir plus sur les motivations d’un jeune homme qui a tué trois personnes et grièvement blessé au moins cinq autres lors d’une brutale attaque au couteau la veille à Würzburg, en Bavière. . Les enquêteurs n’excluent pas, pour l’heure, qu’une radicalisation islamiste ou des troubles psychiatriques puissent expliquer son passage à l’acte.

Vendredi, peu après 17 heures, il a tué trois femmes, dont une vendeuse, dans un grand magasin de cette ville bavaroise de 130.000 habitants. Il a ensuite attaqué d’autres personnes dans une caisse d’épargne voisine puis dans la rue, blessant grièvement six personnes, dont une entre la vie et la mort. L’homme, de nationalité somalienne et arrivé en Allemagne en tant que demandeur d’asile en mai 2015, a pu être contrôlé grâce à l’intervention de passants, dont plusieurs ont fait l’éloge des politiques pour leur courage civique.

Lors d’une conférence de presse à Würzburg samedi, le ministre bavarois de l’Intérieur Joachim Herrmann a déclaré que « Les signes d’une possible radicalisation vers l’islamisme » et ceux montrant que le jeune de 24 ans a souffert “Les problèmes psychiatriques possibles ne s’excluaient pas mutuellement”.

Selon le témoignage rapporté par M. Herrmann, l’agresseur, qui vivait dans un refuge pour sans-abri, a crié « Allahou akbar » (« Allah est le Plus Grand ») en menant l’attaque. Le parquet national antiterroriste n’a pas été saisi à ce stade et les enquêteurs ont déclaré qu’ils ne pouvaient pas confirmer si du matériel de propagande de l’organisation État islamique (EI) avait été trouvé au domicile de l’attaquant, comme l’ont affirmé les médias. L’analyse de deux téléphones portables est également en cours.

En revanche, le jeune homme, titulaire d’un titre de séjour en Allemagne, a eu deux démêlés depuis le début de l’année avec la justice qui avait ordonné son internement provisoire en hôpital psychiatrique. Lors du dernier incident, ce mois-ci, il était sorti de l’établissement au bout de 24 heures, a indiqué Wolfgang Gründler, procureur de Bamberg.

« Des citoyens courageux »

Face au choc ressenti en Allemagne, le porte-parole du gouvernement Steffen Seibert a souligné que l’enquête révélerait ce qui motivait l’agresseur. “Mais ce qui est certain, c’est que cet acte horrible est dirigé contre toute l’humanité et toutes les religions”, il a tweeté. Le président allemand Frank-Walter Steinmeier a déclaré être “Choqué”, alors que l’agresseur a montré « Extrême brutalité ».

Samedi, la jolie ville de 130.000 habitants était hébétée : des habitants sont venus déposer des fleurs et des bougies sur les lieux de l’attentat. « Je suis triste et en état de choc, c’est pourquoi je suis venu ici aujourd’hui. C’est le moins que l’on puisse faire”, a témoigné une résidente, Franziska.

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Le candidat conservateur et possible successeur de la chancelière Angela Merkel, Armin Laschet, a annoncé son « grand respect » en ce qui concerne « Des citoyens courageux qui sont rapidement intervenus » pour arrêter l’agresseur. La candidate des Verts, Annalena Baerbock, s’est également adressée ” un grand merci “ aux équipes de secours et « Aux citoyens courageux » qui est intervenu.

De son côté, le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) s’est saisi de l’affaire pour dénoncer « Les meurtres islamistes au couteau au cœur de l’Allemagne », selon un tweet par son coprésident, Jörg Meuthen. L’AfD, qui a construit une grande partie de son discours sur le rejet de l’islam et de l’immigration, a également vu dans cette attaque « Une preuve supplémentaire de l’échec de la politique migratoire de[Angela] Merkel ».

Menace permanente

Les autorités allemandes sont sur le qui-vive face à la menace islamiste – d’autant plus qu’une attaque au camion-bélier, survenue en décembre 2016 à Berlin et faisant douze victimes, avait été revendiquée par l’organisation État islamique (EI). Cette attaque djihadiste reste à ce jour la plus meurtrière jamais commise sur le sol allemand.

Depuis 2009, les autorités fédérales ont déjoué 17 tentatives de ce type, dont la majorité depuis l’attentat de 2016, selon le ministère de l’Intérieur. Au printemps 2020, la police avait ainsi démantelé, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, une cellule de terroristes présumés, originaires du Tadjikistan et liés à Daesh. En juin 2018, la police a annoncé avoir déjoué une attaque contre “Bombe biologique”, à la suite de l’arrestation d’un ressortissant tunisien soupçonné d’être lié à l’Etat islamique.

Depuis 2013, le nombre d’islamistes considérés comme dangereux en Allemagne a quintuplé, pour s’établir actuellement à 615, selon le ministère de l’Intérieur. Celui des salafistes est estimé à environ 11 000, soit deux fois plus qu’en 2013. En 2020, 320 nouvelles enquêtes impliquant un lien avec la menace islamiste ont été ouvertes en Allemagne. Un chiffre en baisse, qui ne dit pourtant pas « Rien sur le danger qualitatif » une telle menace, selon le procureur du parquet allemand antiterroriste, Peter Frank.

En plus de l’attaque au camion-bélier sur un marché de Noël de la capitale, l’Etat islamique a également revendiqué un meurtre au couteau à Hambourg en 2016, ainsi qu’un attentat à la bombe à Ansbach (qui a fait 15 blessés et tué l’assaillant) et une attaque à la hache sur un train en Bavière (5 blessés), dont l’auteur avait été abattu par la police.

Le monde avec l’AFP



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