un road movie entravé par un mur et des checkpoints

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Le titre du premier long métrage de la réalisatrice palestinienne Ameen Nayfeh fait référence à la distance qui sépare Mustafa (Ali Suliman) de sa famille. Presque rien à vol d’oiseau ; en réalité, une distance presque infranchissable. 200 mètres désigne le sujet du film. Parce que nous sommes dans la ville cisjordanienne de Tulkarem, située d’un côté du mur construit par les Israéliens pendant la deuxième Intifada (2000-2006). Mustafa y habite. De l’autre côté : la ville israélienne de Hadera, où résident sa femme, Salwa (Lana Zreik), leur fils et leurs deux filles.

A la tombée de la nuit, depuis les terrasses respectives de leurs appartements – dont chacune donne sur la haute barrière de béton – ils s’envoient des signaux lumineux en se souhaitant bonne nuit au téléphone. Dans la journée, dès qu’elle ne travaille pas et que les enfants ont quitté l’école, Salwa fait le long voyage pour rejoindre son mari. Pour ce dernier – qui refuse de prendre la nationalité israélienne, comme l’a fait sa femme – se rendre à Hadera est un parcours du combattant. Seuls les contrats qu’il parvient à décrocher, au coup par coup, sur des chantiers lui facilitent la tâche.

Ces moments de rares retrouvailles familiales, arrachés au prix de contraintes nouvelles, d’accommodements et d’efforts répétés, apportent un peu d’éclat, de bonheur éphémère aux premières séquences du film. Jusqu’au moment où un événement le prive définitivement, le faisant basculer dans un tout autre genre. Mustafa, apprenant que son fils vient d’être hospitalisé après un grave accident, doit se mettre en route pour Israël. Sans permis de travail, et avec une carte magnétique qui n’est plus valable, il n’a guère le choix : le passage devra se faire illégalement, avec l’aide de passeurs, moyennant des frais.

Situations irrationnelles

C’est alors que deux cents mètres deviennent cent kilomètres ; chaque minute, une éternité ; chaque contrôle aux postes de contrôle, une angoisse. Et la chronique sociale, un road movie singulier, oppressant, contraire à l’esprit de liberté qui l’accompagne habituellement. Ici, la traversée est surveillée, la route balisée, parfois obstruée, de chaque côté, par le mur. Plus de paysage donc, plus de voyageurs, mais une prison et des passagers pris en otage. Parmi eux, Rami (Mahmoud Abu Eita), 18 ans, dont l’espoir est de trouver du travail en Israël ; une documentariste allemande, Anne (Anna Unterberger), et avec elle, un jeune Palestinien, Kifah (Motaz Malhees), qui se rend au mariage de son cousin.

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