Le « tsunami des déchets électroniques » menace la santé de millions d’enfants, prévient l’OMS

Nous les appelons “Les sauveteurs” (« Reclaimers »). Des adolescents, parfois très jeunes, brûlent des déchets électroniques pour récupérer du cuivre, du cobalt, du platine et d’autres métaux précieux. Les vapeurs noires et âcres rendent l’air irrespirable. Le plomb, le mercure, l’arsenic, le cadmium répandus dans le sol, contaminent l’eau. Bienvenue à Agbogbloshie, une banlieue d’Accra.

Rebaptisé « Sodome et Gomorrhe » par les habitants de la capitale du Ghana, Agbogbloshie est considéré depuis plusieurs années comme le site le plus pollué au monde. C’est surtout l’une des plus grandes décharges d’électronique de la planète. Smartphones, ordinateurs, tablettes, téléviseurs, batteries, appareils électroménagers… environ 40 000 tonnes y sont déversées chaque année en provenance d’Europe et des États-Unis.

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Ces déchets électroniques empoisonnent peu à peu les quelque 80 000 personnes qui survivent en marge de la décharge. A commencer par les plus jeunes. Car chez « Sodome et Gomorrhe », on commence à travailler tôt, très tôt, dès l’âge de 5 ans. Dans un rapport non publié, Enfants et décharges numériques, publié mardi 15 juin, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) tire la sonnette d’alarme sur ce « Éclosion de déchets électroniques affectant la santé de millions d’enfants ».

« Un enfant qui mange un seul œuf de poule Agbogbloshie absorbe 200 fois plus de dioxines que la limite quotidienne fixée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments », prévient Marie-Noël Bruné Drisse, chef du département environnement et santé de l’enfant à l’OMS. Les dioxines sont des polluants organiques persistants. Ils s’accumulent dans la chaîne alimentaire et peuvent provoquer des cancers, des malformations congénitales ou des troubles du développement de l’enfant.

« La mauvaise gestion des déchets électroniques est une menace croissante que de nombreux pays ne reconnaissent pas encore comme un problème de santé publique », alerte Mmoi Brune Drisse. S’ils n’agissent pas maintenant, les conséquences auront un effet dévastateur sur la santé des enfants et pèseront lourd dans les années à venir. ”

Décharges illégales

Le directeur de l’institution onusienne, Tedros Adhanom Ghebreyesus, évoque une « Tsunami des déchets électroniques ». Les chiffres sont en effet vertigineux. Selon les dernières données disponibles, 53,6 millions de tonnes de déchets d’équipements électriques et électroniques ont été produits dans le monde en 2019 : l’équivalent de 350 navires de croisière en file indienne sur une distance de 125 kilomètres. Seuls 17 % de ces déchets sont correctement collectés ou recyclés. Tout le reste finit dans des décharges illégales ou alimente le circuit de récupération informel.

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