Alessandra Galloni, nouvelle rédactrice en chef d’une agence Reuters en profond malaise

La bonne nouvelle pour Alessandra Galloni, la nouvelle rédactrice en chef de l’agence de presse Reuters, la première femme à occuper ce poste en 170 ans d’histoire, c’est qu’elle jouit d’une excellente réputation.

« Elle est très charismatique et ses conférences d’écriture sont d’un très bon niveau », estime l’un des cadres de Reuters, qui la connaît bien. “C’est une italienne, qui a commencé dans le service italophone de Reuters avant de gravir les échelons, elle parle aussi français, elle a une vraie perspective internationale”, se félicite un journaliste. « Engageant, brillant », décrit un troisième, qui a récemment quitté l’agence et se décrit comme un ami.

La mauvaise nouvelle, c’est que la tâche du nouveau patron de l’agence de presse britannique, en poste depuis le 12 avril, s’annonce extrêmement délicate. Mmoi Galloni, qui n’a pas souhaité s’exprimer pour cet article, prend les rênes d’une structure où règne un grand malaise. « On va se retrouver avec des suicides », prévient un cadre qui a trois décennies de maison. Le service de soutien psychologique est submergé par les demandes d’aide.

Les journalistes dénoncent des réductions d’effectifs à répétition, une direction qui impose une gestion chiffrée qui ne correspond pas à la réalité du journalisme, et une ligne éditoriale qui semble abandonner le travail historique de l’agence. “On commence à toucher l’os”, s’inquiète un journaliste.

Délocalisation du journalisme

Depuis 2010, la rédaction est passée de 3 000 à 2 500 journalistes. A Paris, les effectifs ont quasiment diminué de moitié, passant désormais à environ 80 personnes (tous départements confondus). En Espagne, où il ne reste plus qu’une poignée de journalistes, le rédacteur en chef couvre désormais également le Portugal.

Symbole de ces coupes, Reuters a inventé la délocalisation du journalisme. Elle a ouvert des bureaux de traitement de l’information à Gdansk, en Pologne, et à Bangalore, en Inde. De petites mains mal payées sont chargées d’accomplir bon nombre des tâches de base de l’agence de presse. Existe-t-il un communiqué de presse d’une grande entreprise de la Silicon Valley ? Un journaliste indien, à 14 000 kilomètres de là, s’en occupe. Avez-vous besoin d’affiner techniquement une vidéo ? Un spécialiste polonais le fait.

« La stratégie était de délocaliser le service français en Pologne, où ils ont embauché une dizaine de personnes », explique Patrick Vignal, délégué SNJ à Paris.

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