Oasis dans le désert, par John Carlin

La saison européenne s’est terminée par l’exploit le plus héroïque, le plus romantique et le plus suicidaire depuis la charge de la brigade légère en 1854. Comme le savent tous les fans modérément cultivés de Manchester City et de Chelsea, le célèbre épisode impérial consistait en une attaque de 600 soldats britanniques. monté à cheval, magnifiquement vêtu, contre l’artillerie lourde russe. Presque tous sont morts mais Lord Tennyson a composé un poème pour eux (« Oh quel courageux fardeau le vôtre ! / Le monde entier ils ont été émerveillés ») et sa gloire sera célébrée pendant des siècles et des siècles.

Chelsea a été proclamé ce week-end champion de la Ligue des champions contre Manchester City

PISCINE / EFE

City était la brigade légère de la finale de la Ligue des champions samedi; Chelsea, le batteur russe. Pep Guardiola, le général du magnifique Manchester, se passe de ses canons. Lors de 59 des 60 matchs qu’il a disputés au cours d’une brillante saison, il a toujours joué avec au moins un milieu défensif coriace, le grand capitaine brésilien Fernandinho ou le jeune espagnol Rodri. Pour l’épopée finale, il a changé le plan. Il allait monter un spectacle dont on écrirait des odes. Il s’est débarrassé de ses épéistes les plus vertueux, les a envoyés au combat et ils sont morts, criblés par le heavy metal de Chelsea et son arme la plus agile, le milieu de terrain défensif N’Golo Kanté.

Le jeu entrera dans l’histoire, mais pas pour les raisons que City aurait aimées. Le commentaire d’un général français qui a observé la charge de 1854 depuis une colline est toujours valable. “C’est magnifique, mais ce n’est pas la guerre.” Des reproches au général Pep ? De la part des fans de City, presque rien. La bataille la plus importante pour eux est celle de la Premier League, Guardiola vient de la remporter pour la troisième fois en cinq ans et l’été leur rappellera de doux souvenirs.

Qui sait ce qui bouge dans la tête énigmatique de Messi ? Gagner plus de Champions ou fidélité aux couleurs Blaugrana ?

Pour la grande majorité des autres fans dans le monde, ce qu’il nous reste à faire maintenant, c’est la traversée habituelle du désert entre saison et saison. Comme toujours, nous avons la consolation des dédicaces estivales, un sport télénovelesque qui est aux jeux sur le terrain ce que la masturbation est au sexe, mais qui promet plus d’émotions que d’habitude pour les trois prochains mois. Nous profitons de nombreux personnages célèbres pour l’après-dîner au soleil.

Leo Messi lors du dernier match de la Ligue.

Joan Monfort / AP

Messi, par exemple. Qui sait ce qui bouge dans sa tête énigmatique ? Si vous voulez aspirer à gagner plus de Ligue des Champions, et même un septième Ballon d’Or, rester à Barcelone n’est pas la meilleure option. Une autre chose est que si la chose la plus importante pour lui est la fidélité aux couleurs Blaugrana, que ses enfants continuent d’être heureux à Castelldefels ou agissent comme « professeur d’enfants » sur les terrains d’entraînement du Barça, comme un ancien directeur de club définit son rôle possible. L’arrivée de son ami Sergio Agüero indique qu’il va rester. Kun sera payé cinq millions d’euros par an, selon la presse anglaise : pas mal pour jouer à Play et profiter des barbecues du dimanche avec Leo. Si en retour Messi reste et qu’Agüero marque trois ou quatre buts, c’est une bonne affaire.

Ensuite, nous avons les affaires Mbappé, Harry Kane, Zidane et Pochettino. Le transfert sonore de Mbappé au Real Madrid se voit compliqué par le départ amer de son compatriote Zidane. La jeune star française doit débattre entre insister sur le rêve impossible du Paris Saint Germain de remporter la Ligue des champions ou s’installer dans un club au pedigree européen sans égal, mais un avenir immédiat peu plus encourageant que celui de Barcelone. Il est curieux que l’ancien président du Barça, Josep Maria Bartomeu, et si peu l’éternel président de Madrid, Florentino Pérez, aient été critiqués. Quant aux récentes signatures désastreuses, Pérez n’a rien à envier à Barto.

(FILES) Sur cette photo d'archive prise le 11 mars 2019, le nouvel entraîneur français du Real Madrid, Zinedine Zidane, arrive pour donner une conférence de presse. - Selon les médias, Zinedine Zidane a démissionné de son poste d'entraîneur du Real Madrid avec effet immédiat, quelques jours seulement après que le club a été battu au titre de la Liga par l'Atletico Madrid. Le départ annoncé du Français survient à la fin d'une campagne décevante pour les 13 fois champions d'Europe, qui ont également perdu contre Chelsea en demi-finale de la Ligue des champions car ils n'ont pas remporté de trophée pour la première fois en 11 saisons. (Photo de PIERRE-PHILIPPE MARCOU / AFP)

Zidane quitte à nouveau le Real Madrid après une saison blanche

PIERRE-PHILIPPE MARCOU / AFP

En revanche, signer Pochettino à la place de Zidane serait un succès pour Madrid. Curieusement, Pochettino sonne aussi pour Tottenham, un club dont il a été licencié il y a un an et demi. C’est là que le facteur Kane entre en jeu. Si le meilleur buteur de Premier League quitte Tottenham pour Manchester City, comme l’indiquent les paris, et si Mbappé finit par se rendre à Madrid, Pochettino penchera vraisemblablement pour l’option espagnole.

Zidane ? Il dit vouloir continuer à s’entraîner mais il n’y a pas encore de candidats en vue. Peut-être optera-t-il pour une retraite anticipée : l’équipe de France. D’un autre côté, Manchester United ferait bien d’avoir quelqu’un avec son prestige, mais avec Zizou Il y a un doute éternel quant à savoir s’il est vraiment un grand entraîneur ou s’il n’est capable de réussir que dans son habitat naturel madrilène. Bien plus amusant, bien sûr, serait de remplacer Koeman au Barça.

L’Eurocup servira d’oasis, du moins pour les plus assoiffés, pendant ces mois de soleil et de sable

En parlant d’équipes nationales, l’Eurocup servira d’oasis, du moins pour les plus assoiffés, pendant ces mois ensoleillés et sablonneux. Ici en Espagne l’intérêt sera plutôt anthropologique. La tribu madrilène, qui n’a pas de représentants dans l’équipe nationale actuelle, imitera-t-elle l’exemple de Barcelone lors des précédents tournois internationaux ? Des fusées seront-elles lancées dans la capitale espagnole à chaque fois que l’Espagne de Jordi Alba, Busquets, Pedri et Eric García encaissera un but ? Feront-ils plus la fête à Canaletas qu’à Cibeles si l’Espagne est proclamée championne d’Europe ? Temps curieux. Si nous continuons ainsi, le Bernabeú ne tardera peut-être pas à réclamer la sécession.

référence wikipédia