“Pour mieux sonder les océans, il faudrait des véhicules autonomes, des bouées, des balises…”

Au sein de la Commission océanique intergouvernementale (COI), organisme basé à l’Unesco à Paris, Julian Barbière, chef de la section politiques marines et coordination régionale, témoigne de l’état de la recherche océanographique mondiale.

Quel est le rôle du CIO ?

Sa mission est de développer la coopération internationale, la coordination des programmes de recherche et d’observation marine, la conservation des milieux marins et l’atténuation des risques. Par exemple, nous gérons des systèmes d’alerte aux tsunamis depuis le début des années 1960.

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La COI a été créée à l’initiative de scientifiques après une expédition internationale dans l’océan Indien en 1960. Nous comptons 180 membres : l’agence américaine chargée de l’étude de l’océan et de l’atmosphère, le ministère de l’environnement français, celui de l’océan et les pêches pour le Canada… Notre rôle est de synthétiser les connaissances et de les communiquer aux décideurs politiques. C’est ce que nous avons fait par exemple au début des années 2000 concernant l’acidification des océans, qui était alors un problème émergent.

Avez-vous contribué au « World Ocean Assessment » ?

Nous étions à la base de ce travail d’évaluation. L’Assemblée générale des Nations Unies nous a demandé une étude de faisabilité en 2005-2006, puis les Etats ont pris le contrôle de ce processus. Beaucoup reste à faire dans le domaine des sciences océanographiques : elles sont encore jeunes par rapport à la météorologie, pour laquelle il existe des séries de données plus que centenaires et qui bénéficie d’une coopération internationale établie. L’observation régulière des paramètres chimiques est récente. La surveillance des océans est imparfaite. Elle devrait être renforcée autour des pôles, plus d’étude de la colonne d’eau. On monte jusqu’à 2000 mètres sous la surface avec le système Argo, pas plus bas, alors qu’on commence à peine à comprendre que des transformations sont en cours en profondeur. Les industries minières veulent aller vers ces grands fonds dont on connaît peu les écosystèmes. Il reste peut-être encore 700 000 à 1 million d’espèces à découvrir, sans compter les bactéries ! Le CIO souhaite promouvoir le principe d’une planification globale, organisée et participative, pour décider avec tous les acteurs des espaces consacrés au tourisme, à la navigation, à la production d’énergie, etc.

Que faudrait-il pour favoriser l’avancement de la recherche?

Il faudrait des véhicules autonomes, des bouées, des balises… Ce sont toujours les mêmes vingt États qui contribuent aux études. Dans notre rapport « Cartographier les capacités pour la durabilité des océans », publié fin 2020, il apparaît qu’en moyenne seulement 1,7 % des budgets nationaux de recherche sont alloués aux sciences de la mer. Dans le cadre de la Décennie des Nations Unies des sciences de la mer pour le développement durable (2021-2030), qui a débuté en février, nous allons annoncer le lancement d’une trentaine de programmes scientifiques internationaux innovants sur la biodiversité, le lien océan-météo…

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