A Roland Garros, Medvedev et Tsitsipas déplacent leur rivalité sur terre battue

« J’espère que le public français sera de mon côté. Cela m’aidera beaucoup. J’espère que les gens qui viendront se diront : « Ok, il parle français, il est gentil… allez, on est pour lui ». » Daniil Medvedev n’a pas de chance en ce qui concerne le public. Envolé sans crier gare à l’US Open 2019, le jeune Russe était devenu l’ennemi public numéro un des supporters new-yorkais, à la suite de quelques gestes provocateurs. Plutôt que de se laisser abattre, il s’était nourri de l’adversité, se qualifiant pour la finale. Avant d’expliquer ne pas avoir cherché l’affrontement, mais s’être juste adapté aux circonstances pour ne pas être déconcerté.

“C’est bien d’avoir un public qui s’engage pour votre cause”, a insisté le numéro 2 mondial au départ de Roland-Garros, après la première victoire de sa carrière sur terre battue parisienne. Parfaitement francophone, Medvedev a compté sur l’aide du public pour son quart de finale face à Stefanos Tsitsipas, mardi 8 juin. Hélas, en programmant la rencontre en séance de nuit, les organisateurs l’ont privé du soutien attendu.

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Contrairement aux Bleus du football pour leur dernier match de préparation, contre la Bulgarie, Roland-Garros n’a pas obtenu de dérogation pour anticiper le décalage du couvre-feu à 23 heures d’un jour. Et c’est dans le cocon vide du court Philippe-Chatrier que les deux figures de la Next Gen – cette génération qu’on attendait depuis des années pour supplanter le trio Nadal, Djokovic et Federer – croiseront le fer.

Au vu de sa saison sur terre battue – vainqueur à Monte-Carlo et à Lyon, finaliste à Barcelone – et de son solide début de tournoi, le Grec Stefanos Tsitsipas est le favori sur l’ocre de Roland Garros. Mais le protégé de Patrick Mouratoglou trouve sa bête noire sur son chemin, mardi. En sept affrontements sur le circuit, le Grec a été battu à six reprises par Medvedev, la dernière fois en demi-finale du dernier Open d’Australie, en février.

Medvedev, machine à déjouer

Pour le numéro 5 mondial de 22 ans, le jeu du joueur russe est la plupart du temps un casse-tête insoluble. Bien qu’il ne soit pas célébré pour son jeu fluide, voire académique, Daniil Medvedev pose d’énormes problèmes à ses adversaires. Une machine à déjouer, efficace comme l’enfer. UNE “Jeu ennuyant”, avait balancé Tsitsipas, après une nouvelle défaite face à son rival en 2019, attisant la guerre des mots entre les deux hommes, enflammée début 2018.

Si le Grec a depuis reconsidéré ses propos, assurant lors de l’Open d’Australie que Medvedev “Joue juste très intelligemment et surpasse toi”, les deux ne partagent pas leur temps libre. « Notre alchimie n’est certainement pas la meilleure que l’on puisse trouver sur le circuit, notait Tsitsipas fin 2020. Mais vous ne pouvez pas vous entendre avec tout le monde. Je ne le déteste pas mais je suppose en effet que nous n’irons pas dîner ensemble… »

Stefanos Tsitsipas affronte, mardi, sa baleine blanche en quarts de finale de Roland-Garros, le Russe Daniil Medvedev.

Dans la mesure où, couvre-feu oblige, à Paris, les restaurants ferment leurs portes à 21 heures ce mardi encore, la question du repas n’est pas sur la table. Mais la romance naissante entre Medvedev et l’argile inquiète Stefanos Tsitsipas. Éliminé au premier tour de Roland-Garros ces quatre dernières années, le Russe de 25 ans a clamé à qui voulait l’entendre son désenchantement face à cette surface exigeante, où il ne pouvait poser son jeu atypique. « C’est la pire surface au monde pour moi. Mais si tu aimes être dans la poussière, comme un chien, je ne juge pas », S’était-il agacé tout seul début mai, lors d’un changement de camp pour son entrée (ratée) au tournoi de Rome.

Mais dès son premier entraînement à la Porte d’Auteuil, Medvedev a ressenti un changement. De nouveaux ballons, plus adaptés à son jeu, et une surface enfin apprivoisée, et voilà le Russe en quart de finale. “J’ai appris que je peux bien bouger sur terre battue, observa le joueur. Dans ces conditions, je parviens à échapper aux coups qui ne permettent pas à l’adversaire de me contre-attaquer. “

Aucun membre du « Big 3 » avant la finale

L’opposition avec le jeu offensif de Stefanos Tsitsipas mérite le détour. S’il place le Grec d’origine russe (sa mère est une ancienne championne de tennis soviétique) parmi les « Le top 4 sur terre cette saison », aux côtés de Nadal, Djokovic et Zverev, Medvedev est loin de capituler. «Ici, comme je l’ai dit avant chaque match, pour me battre, mon adversaire devra bien jouer. “

Souvent incapable de trouver la clé du jeu atypique du Russe, Tsitsipas n’a pas l’intention de changer son plan de jeu face à celui qui a bloqué son chemin vers la finale à l’Open d’Australie. “Avec le niveau que j’ai eu jusqu’à présent, j’ai l’impression que je n’ai plus à penser à qui j’affronterai ou pas, je dois juste jouer mon jeu et le reste viendra tout seul”, se considère numéro 1 de la « Course » cette année (classement qui cumule les points sur une année civile).

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Placés, pour une fois, dans une partie du tableau débarrassée de l’indestructible Rafael Nadal, Novak Djokovic et Roger Federer, Tsitsipas et Medvedev – tout comme l’Allemand Alexander Zverev – mesurent leurs chances d’atteindre la finale sans avoir à se heurter à l’un des membres du « Big 3 ». “Plus nous les rencontrons tard, mieux c’est pour nous, a admis le Russe dimanche. Rafa a déjà gagné 13 fois ici, il ne perd pratiquement aucun set, donc savoir que nous pouvons atteindre la finale avant de l’affronter est notre meilleure chance. ” Mais avant de se projeter, ils devront passer l’écueil des quarts.

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