L’Autriche s’invite enfin à la grande table

Ce n’est pas la « Wunderteam », mais les glorieux aînés de la génération de Matthias Sindelar, qui avait enchanté le monde du football au début des années 1930, seraient sans doute fiers de voir le parcours de la sélection autrichienne en version 2021.

Les troupes de Franco Foda disputent, samedi 26 juin, les huitièmes de finale contre l’Italie, après leur victoire contre l’Ukraine (1-0). Une participation qui restera historique quoi qu’il arrive. L’Autriche n’a disputé que deux des dix dernières éditions de l’Euro : une sans qualification, en 2008 (en tant que nation hôte avec la Suisse), puis en 2016. Deux tournois partis sans gloire des poules, sans connaître la victoire.

Autant dire que Christoph Baumgartner, auteur du but décisif contre les Ukrainiens, a mis un terme à une longue série noire. Il fallait remonter à 1990 pour retrouver la trace d’un succès autrichien dans un tournoi international. Au niveau continental, le pays n’a pas su profiter de l’organisation de l’euro en 2008. « Il est clair que notre préparation pour 2008 a été insuffisante. L’écart avec les autres pays était trop grand. Les joueurs et les membres de la fédération n’ont pas fait assez à tous les niveaux. Il y avait un manque de professionnalisme, notamment dans la formation des jeunes », note Marc Janko, international autrichien entre 2006 et 2019.

Entraînement de sauvetage de football autrichien

L’attaquant aux 28 buts en 70 sélections développe : « Nous sommes loin derrière les autres nations et nous travaillons dur pour rattraper notre retard. Des écoles de football ont été créées dans le pays, ce qui a élevé le niveau du championnat. Nos meilleurs éléments sont désormais courtisés par les grands clubs européens, car ils sont bien entraînés et coûtent parfois moins cher que chez nos voisins européens. “ Et de citer l’exemple de la Red Bull Akademie de Salzbourg, qui a vu le jour en septembre 2014 et qui forme près de 120 jeunes de 7 et 18 ans sur des équipements de dernière génération.

L’Autriche a toujours été une nation axée sur la formation de ses meilleurs joueurs, et les chiffres ne le démentent pas : parmi les 26 joueurs sélectionnés pour l’Euro 2021, tous ont été formés au moins en partie dans le pays. « Ces dernières années, beaucoup de jeunes sont venus en Autriche pour poursuivre leurs études. C’est un pays qui accorde une grande confiance aux jeunes », note Wilfried Domoraud, l’un des rares joueurs français à avoir évolué en première division autrichienne, entre 2011 et 2014. « À mon époque, le jeu était principalement axé sur le physique, mais j’ai observé que ces dernières années, le niveau technique s’est nettement amélioré », ajoute l’attaquant franco-ivoirien passé par Mattersburg et Admira Wacker, avec plus de 60 matches dans l’élite.

Les bons résultats récents de clubs comme le LASK Linz ou le Wolfsberger AC, respectivement huitième et seizième de finaliste de la Ligue Europa en 2020 et 2021, pointent dans le sens d’une amélioration générale du championnat national. Habitant régulier de la Ligue des champions, le Red Bull Salzbourg n’est plus le seul porte-drapeau autrichien lors des matchs continentaux. “La prochaine étape serait de développer le championnat autrichien à un niveau élevé, comme en France ou en Angleterre”, espère Marc Janko.

Lors des trois premiers matches de groupe de l’Euro, neuf des onze joueurs autrichiens appartenaient au championnat allemand. Un chiffre qui ne doit rien au hasard, tant les deux nations entretiennent des relations footballistiques étroites. « Clubs et services scouts [repérage] en Bundesliga vont aux joueurs autrichiens car ils donnent satisfaction, par rapport à la qualité de l’entraînement. Ils parlent aussi allemand, ce qui facilite l’adaptation », accompagne Patrick Guillou, consultant BeIn Sports et spécialiste du football allemand.

Un joueur type « plus vif, percutant et polyvalent »

Le jeu autrichien a accéléré sa transformation pour devenir plus attractif. Longtemps en retard dans de nombreux domaines de jeu comme la technique et la vitesse, ce dernier a su se moderniser et se conformer à des standards de haut niveau, tout en gardant ses spécificités. « Le jeu technique basé sur le pressing haut est dans notre ADN. Il y a une tradition offensive en Autriche, bien reflétée par les scores que nous voyons dans notre championnat chaque week-end. La différence, c’est qu’on a maintenant les joueurs en sélection pour l’assumer », avance Marc Janko.

Patrick Guillou rejoint le néo-retraité de 39 ans. « Le joueur autrichien a évolué : il est plus vif, percutant et polyvalent. L’Allemagne recherche ce type de profil hybride, capable de s’adapter à plusieurs systèmes de jeu lors d’une même rencontre », complète l’ancien défenseur passé par le club allemand de Bochum. Les passerelles créées par la galaxie Red Bull, titulaire des clubs de Leipzig et de Salzbourg, ont été bénéfiques aux « Rot-Weiss-Roten ». Les internationaux Marcel Sabitzer et Konrad Laimer en sont les meilleurs exemples.

Le record d’Ivica Vastic, plus vieux buteur de l’histoire d’un Euro, en 2008, à 38 ans et 257 jours, semble désormais appartenir à de vieux souvenirs. L’Autriche peut compter sur sa fougueuse jeunesse, incarnée par Christoph Baumgartner (21 ans), pour tenter de créer un exploit retentissant face à l’Italie samedi.

Pour Janko, quoi qu’il arrive, l’objectif est déjà atteint. « C’est juste un bonus. Si nous perdons, ce serait tout à fait normal », relativise-t-il. Rendez-vous pris au stade de Wembley à Londres pour savoir si le bonus autrichien a décidé de jouer les prolongations.

Italie – Autriche, samedi 26 juin à 21h, à Wembley, à suivre en direct sur Lemonde.fr

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